Care Project Administration

Care Project Administration, Forms of ownership, résidence M-Cult (Fl) 

 

Care Project Administration sur Makery, par Rob Le Frenais (à venir)
Care Project Administration on Makery, by Rob Le Frenais

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Propaganda Office

Une des personnalités les plus couramment citées dans divers contextes, ayant été l’objet de moult études, et illustrant probablement un nouveau modèle de leadership politique, est sans aucun doute le phénomène Donald Trump. De nombreuses polémiques avaient certes déjà entaché l’histoire des campagnes électorales de ce que l’on considère comme la plus grande puissance mondiale, mais ce qui différencie la campagne de 2016 des précédentes, c’est le recours à des outils et à des mécanismes spécifiques qui ont influencé l’issue de l’élection.

Pour n’en citer que quelques uns : fake news, théories complotistes, création d’usines à like et de faux groupes sur les réseaux sociaux, etc… Des outils qui contribuent à largement façonner l’opinion publique, et qui sont à la portée virtuelle de tout un chacun. Dans l’univers chaotique du débat public, un groupe d’adolescents d’une petite commune de Macédoine, a joué un rôle clef dans la hausse de la côte de popularité de Trump pendant la campagne de 2016. Dans les  semaines précédant l’élection présidentielle aux États-Unis, Veles, une ville de moins de 50000 habitants a fait la une des médias. Il est apparu que les domaines d’environ 300 sites web pro Trump, la plupart fourmillant de fake news à sensation, y étaient hébergés. Même Hillary Clinton a mentionné publiquement « ces gens là-bas en Macédoine qui gèrent ces sites de fake news. » Quand on leur a demandé pourquoi ils faisaient ça, les ados ont répondu que les infos pro-Trump et anti-Clinton étaient les plus lues, et donc les plus rentables. Ils ont précisé qu’en tant qu’ados résidant dans une petite ville de province loin des épicentres du pouvoir, la seule chose qui leur importait alors, c’était de gagner de l’argent.

Trump a rapidement et habilement adopté, et détourné le terme fake news, lui attribuant tout simplement le sens de news qui ne lui plaisaient pas, et cela s’est avéré extrêmement efficace. Il a déclaré publiquement que « les fake news étaient en fait l’ennemi du peuple », et ce qui était initialement un moyen de décrire ce qu’il considérait comme de la désinformation, est insidieusement devenu un outil de propagande. Malgré les innombrables tentatives de différentes instances pour contrôler le relai de ces fake news, des mécanismes, tels que dark posts, ciblage psychographique, trolling, groupes incitant à la haine, et ainsi de suite, continuent à envahir notre quotidien. D’aucuns craignent que leur utilisation conduise à un avenir dystopique, et qu’il puisse être déjà trop tard pour en inverser la trajectoire.

 

Le fait que le pouvoir en haut lieu se soit saisi des opportunités offertes par ces mécanismes, et que les communautés les plus faibles et les plus opprimées s’en soient aussi emparées, sont autant d’arguments pour nous inciter à lancer ce projet. L’ère de l’optimisme humaniste ayant disparu depuis longtemps, il est manifestement grand temps de se réapproprier les tactiques, et les méthodes que l’extrême droite s’est accaparée dernièrement en les détournant à ses fins, de les repenser, de les recontextualiser, afin de réintroduire des pratiques visant à piéger et à contrer racisme, xénophobie, discriminations, violences et humiliations.

 

Notre projet s’attèle donc à générer des croyances associées à des actes spécifiques- ce que l’on nomme communément des ”superstitions”, qu’elles soient visiblement nouvelles ou apparaissent comme plus classiques. Ce projet instillerait un appel à agir avec empathie et compassion, allant au-delà de la vision néolibérale de la responsabilité individuelle, en s’attachant d’abord à réenchanter la routine quotidienne et la culture du malaise face à l’inconnu et à l’inexplicable, puis à satisfaire les aspirations au confort individuel. Ainsi, la personne qui assimilerait la ”superstition” créée, induite par les motifs mentionnés plus haut (pour s’auto-aider), entreprendrait certains processus qui bénéficieraient en fait à toute la communauté. Et donc, plus les gens croiraient à cette ”superstition” fabriquée, plus l’environnement dans lequel elle s’épanouit serait enclin à la solidarité.

À l’heure où il n’y a plus de vérités unanimement admises au niveau mondial, il est devenu évident que les sociétés et leurs membres, ne sont plus seulement définis par leurs propensions à la solidarité, au partage et à l’engagement, mais aussi par leurs tendances au nombrilisme, au manque d’empathie, voire à l’hostilité. En partant de ce principe, la ”superstition” construite pourrait faire figure de vecteur, et susciter un engagement social inconscient.
À titre d’exemple de ce type de ”superstition” on pourrait évoquer : «Quand tu donnes, fais le dans le secret… cela te sera rendu au centuple.» Ou bien : «Celui qui partage son repas avec un inconnu, ne connaîtra jamais la faim.» Ou encore «Si tu refuses de porter secours à un réfugié, ton enfant pourrait se retrouver lui aussi réfugié un jour.»

 

Il est clair qu’une croyance ne prend pas si on ne l’a pas déjà entendue, ou si on ne la prend pas pour argent comptant. Sa dissémination serait donc l’aspect essentiel de ce projet. Le relai de cette croyance pourrait être assuré par ces algorithmes déjà utilisés sur les réseaux sociaux pour répandre fake news, théories complotistes et autres vérités, semi-vérités et non-vérités. Les algorithmes des réseaux sociaux ne font pas la différence entre fake news et réelles informations. Ils ne font que proposer des contenus aux usagers en fonction de leurs centres d’intérêts, tirant ainsi profit du temps et de l’attention que les usagers accordent à ces informations.

C’est bien selon ce modèle que nous comptons développer nos stratégies de dissémination d’information.

 

Obsessive Possessive Aggression

 

Forms of Ownership 

est un collectif d’artistes, d’avocats et d’économistes travaillant de concert. Lors de cette résidence au M-Cult, FOO est représenté par Vienne Chan, Obsessive Possessive Aggression (Slobodanka Stevceska, Denis Saraginovski), Alan Cunningham et Boris Oicherman. Vienne est une artiste et chercheuse qui s’intéresse à l’économie spéculative. Obsessive Possessive Aggression (OPA) est un duo d’artistes qui s’attachent à développer des solutions utilitaires pratiques, et des pratiques artistiques constructives. Alan est un théoricien juridique, critique, et auteur de textes émancipateurs expérimentaux. Boris est un scientifique devenu artiste et curateur de musée qui s’intéresse aux pratiques artistiques collaboratives.

Interview