Le sida, c’est manger trop de bonbons

Du 15 au 18 novembre de 10h à 17h – Antre Peaux

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Atelier de spéculation collective sur un monde sans sida proposé dans le cadre de la programmation Savoirs Silenciés de Julien Ribeiro.

Animé en franco-anglais par Alper Turan et Julien Ribeiro

 

Imaginons que Félix González-Torres soit toujours parmi nous, qu’il ait, aujourd’hui, 64 ans et qu’il prépare une nouvelle exposition en 2021. Imaginons que le sida n’ait pas existé au cours des quarante dernières années.

 

La crise du sida est ici et maintenant ; elle ne s’est pas terminée en 1996, elle ne l’est pas non plus en 2021 et elle ne le sera peut-être jamais.  Si elle n’est plus une menace mortelle, elle reste une stigmatisation, une dépendance aux produits pharmaceutiques – comme cela est le cas pour beaucoup d’entre nous dans le monde – c’est un traumatisme intergénérationnel et transnational dont aucun·e d’entre nous n’est immunisé·e. Nous, les queers, en tant que catégories épistémologiques fluides, sommes les sous-produits du SIDA et nous vivons toujours dans son ombre. Formateur des subjectivités sexuelles, des intimités, des normativités (que l’on peut appeler identités) d’aujourd’hui, ce qui est queer après les années 80 est toujours marqué par le SIDA.

 

Cet atelier part d’une question à laquelle il est impossible de répondre sans spéculation : Et si le SIDA n’était jamais arrivé ?

 

Qu’est-ce que les homosexuel·les contemporain·es auraient hérité des générations précédentes ? Que se serait-il passé si elles n’avaient pas été anéanties ?  Qu’aurait signifié le silence, la honte, la peur, la perte, le chagrin, le deuil ? Qu’aurait signifié la fierté, le militantisme, la communauté et le soin ? Quel aurait été le point de rupture dans l’historiographie queer internationale qui exhorte les identités sexuelles déjà séparées et codifiées à se rassembler ? Lutterions-nous encore pour la reconnaissance publique, les droits humains fondamentaux, le pouvoir législatif et contre la discrimination et la violence ? Serions-nous considéré·es comme étant dans le placard de l’éternité ? De quoi aurait-on eu besoin pour créer une subjectivité queer ? Ou qu’est-ce que l’homonormativité, l’institutionnalisation et l’instrumentalisation de l’homosexualité ?

 

Cet atelier prend la perspective queer et utilise les modes opératoires de Félix González-Torres comme point de référence et outil pratique pour spéculer collectivement sur un monde contemporain où le SIDA n’aurait jamais eu lieu. En décodant et en investissant dans d’autres potentiels de la pratique de Torres, les participant·es se feront passer pour Torres et produiront en son nom tout en fictionnant sa vie ainsi qu’une chronologie et une histoire de l’art queer alternatives.

 

Restitution le vendredi 19 novembre à 18h18 à l’Antre Peaux